Hypnose et Toxicomanies
Sommaire
- Dépendance, pulsion d'emprise et hypnose
- La relation d'objet
- Le nourrisson et l'objet transitionnel
- L'adolescence addicte
- L'ordalie
- La capacité d'être seul
- La pulsion d'emprise
- L’hypnose et l'objet-tabac
- L'accès au symbolique par le rêve hypnotique
- Bibliographie
Dans le cadre de la toxicomanie, les patients nous amènent à reconsidérer nos acquis, nos techniques, nos certitudes et même nos théories. Les blocages des processus de symbolisation rendent l'usage des associations libres souvent peu opérant car le produit a pour effet d'opacifier l'inconscient, de brouiller les pistes du désir et d'appauvrir les échanges verbaux. Certains patients proches des états limites avec retrait derrière un mur non verbal, mettent en place comme une résistance organisée à la limite du désengagement subjectif du Moi (Green, 2003).
En effet , l'intensité du "flash" unissant le toxicomane à la drogue s'inscrit dans un indicible de la douleur psychique . Ainsi Geberovich (1984) décrit-il chez le drogué une souffrance , celle du manque , qui , lorsqu'elle est réduite par le flash , appelle à un agir vers une fusion extatique avec le produit.
La transe hypnotique serait alors, par le lien de proximité qui se crée , une façon de retourner à l'originaire et d'accèder à "des traces perceptibles , perceptives , qui serviront de point de départ à un travail de reprise." (Roussillon in Chertok , 1987)
DEPENDANCE, PULSION D’EMPRISE ET HYPNOSE
Nous ne naissons pas autonomes mais dépendants de notre mère et de son environnement. Nous avons tendance à oublier que le bébé est totalement soumis à sa mère. De la qualité de la relation mère-enfant dépendra la sécurité ou l’insécurité du bébé qui en grandissant gardera en lui le mode relationnel à sa mère. Winnicott utilise deux termes pour décrire cette relation : «holding» qui correspond à la façon dont la mère porte le bébé et «handling» qui s’applique à sa façon de le manier, de le prendre, de le faire bouger. La manière dont la mère s’occupe de son enfant est importante. Elle peut le considérer comme un objet auquel elle donne juste les soins nécessaires à sa propreté et à sa satiété ou elle peut lui parler, lui sourire, le câliner, lui chanter des comptines et dans ce cas il baigne dans un climat affectif rassurant et enveloppant. Mais il peut arriver que la mère soit dépressive et que les contacts soient rares voire même inexistants dans le cas où elle ne peut s’en occuper. La mère peut être totalement absente pour diverses raisons et l’enfant doit être alors confié à un organisme public où des nourrices consciencieuses vont lui délivrer des soins dépourvus d’affect. Ces carences d’affect maternel précoces peuvent mener, dans le cas de privation partielle, à une dépression anaclytique qui, si elle persiste au-delà de trois mois, peut entraîner un retard de développement psychomoteur avec un ralentissement voire même une stagnation des acquisitions et une mimique figée.
Spitz (1949), dans le même ordre d’idées, a décrit la privation affective massive dans le syndrome d’hospitalisme. On observe dans ce cas une régression psychomotrice, des mouvements anormaux des doigts avec balancements de la tête ou du corps et une passivité générale. Si la mère ne revient pas ou si l’enfant n’est pas placé dans un milieu chaleureux dans les trois mois, les manifestations deviennent irréversibles. Quant à Mc Dougall J., elle parle d'une impossible identification à une mère interne protectrice (1982) et ce défaut d'objet interne va entraîner un besoin de l'objet-substitut, le produit toxique qui remplacera l'objet princeps. Ces observations prouvent, s'il en était nécessaire, de manière irréfutable, que l’enfant est dans la dépendance affective absolue de la mère.
LA RELATION D’OBJET
La relation d’objet commence dans cette relation de dépendance précoce mère-enfant. L’enfant communique avec la mère sur un mode à la fois créatif et de soumission mais lorsque la soumission domine, Winnicott (1931) nous dit que c'est une base peu propice à son développement ultérieur. Les débuts de la vie sont donc essentiels pour le développement de l‘enfant car ainsi peut-il utiliser de façon symbolique les objets qui se présentent à lui, que ce soit le pouce ou ce qu'il peut atteindre et attraper. Winnicott nous indique que toute rupture dans ce processus ne peut qu'être vue comme un défaut de la capacité de l'enfant à établir une relation d'objet. Le toxicomane se sent parfois l’envie de retrouver ces débuts de vie primordiaux, pour « revenir à une période où tout est naturel », comme l’expriment parfois certains d'entre eux. Cette période est celle, où de façon primale, le nourrisson reçoit la nourriture, les soins et surtout l’affection de sa mère.
Quand il se tourne vers l’hypnothérapeute, le toxicomane n’attribue t-il pas à celui-ci le pouvoir de le ramener à cette période ou plutôt de la lui faire retrouver naturellement ? L’adverbe naturellement a bien ici toute sa place car l’hypnose est quelque chose de naturel par opposition aux drogues auxquels les patients ont recours. Nature, naturel, ces termes s’inscrivent dans un courant actuel qui se veut être proche de la nature, dans une écologie du corps et de l’esprit.
LE NOURRISSON ET L’OBJET TRANSITIONNEL
La première possession non-moi de l’enfant, ce que Winnicott appelle « l’objet transitionnel » et qui appartient à « l’aire de l’illusion », permet à l’enfant d’avoir l’illusion que le sein fait partie de lui et qu’il est sous son contrôle magique. C’est une période d’omnipotence où l’enfant a l’impression de créer le sein maternel. Au moment du sevrage, la tâche de la mère est d’amener l’enfant graduellement vers le désillusionnement car si elle n'y parvient pas, l'enfant n'arrivera pas à se sevrer de sa mère. Ainsi Winnicott décrit-il le cas de X., un homme qui a éprouvé de grandes difficultés à parvenir à être un adulte selon lui. La mère de X., dont il était le premier enfant, l’a nourri au sein très longtemps, pendant sept mois, trop longtemps dira la mère. Le sevrage fut difficile. X n‘a jamais sucé son pouce ou ses doigts, sa mère raconte qu‘il n‘a jamais eu quelque chose à quoi se raccrocher. L’enfant avait un attachement très fort à sa mère et seule la présence de celle-ci lui était nécessaire . Bien que plus tard, il eut un objet transitionnel, un lapin en peluche qu’il remplaça ensuite par un vrai lapin, ce ne fut qu’un « réconfort » mais bien moins important que la mère. Ces difficultés de sevrage à l’âge de sept mois débouchèrent sur de l’asthme dont il n’arriva à guérir que progressivement. Mais bien que cet homme ait trouvé du travail loin de sa mère et qu’il soit en bonne santé mentale et physique, il est resté célibataire sa mère étant toujours une partie presque inséparable de lui.
Ce cas illustre la difficulté d’une mère à laisser l’enfant désinvestir le sein lors de la période de sevrage et à le remplacer par un objet. Or cette notion d’objet transitionnel est importante car elle permet à l’enfant de passer du sein maternel aux relations avec le monde environnant, quelqu’en soient les divers investissements, religieux, artistiques, sociaux, politiques ou scientifiques. Au fur et à mesure des intérêts culturels, l’objet transitionnel sera désinvesti. Dans le cas de X., la mère, en ne permettant pas à l’enfant d’avoir accès à un objet transitionnel en dehors d’elle, a en quelque sorte disqualifié cet objet transitionnel car l’enfant ne pouvait pas s’y investir complètement. En faisant référence à Mélanie Klein, Winnicott nous précise que l’objet transitionnel n’est jamais sous contrôle magique comme l’est l’objet interne, mais qu’il n’est pas non plus hors contrôle comme la véritable mère.
L'ADOLESCENCE ADDICTEE
A l'adolescence, l'épreuve du manque sera réactivée notamment par le fait de devoir investir un autre objet que la mère avec le risque de perdre cet objet d'attachement primaire, voire même de craindre la castration en revivant des émois oedipiens à travers l'objet du désir. « La réorganisation de la libido et l'accès à la génitalité peuvent être ressentis de façon très violente et, par delà la nouvelle importance prise par la sexualité et la constitution de l'autre en éventuel partenaire sexuel, amener à chercher autour de soi les moyens d'une réassurance. » (NEYRAND). C'est pourquoi la tentation est grande de se procurer un objet-substitut et de s'y adonner entièrement. « Tout adolescent est un dépressif narcissique qui est en deuil non de l'objet mais de la Chose même, (Das Ding, Heidegger), le "hors signifié" (Lacan) et cela jusqu'au "narcissisme négatif"(A. Green). » (PIRLOT, 2005). S'il est ébranlé émotionnellement, l'adolescent, fragile narcissiquement, va avoir recours à l'addiction à la première rupture, au premier trauma affectif. Certains adultes, qui n'ont jamais tout à fait quitté cette période de leur vie, réagissent de même et parfois s'ils tentent de se séparer de l'objet-substitut, rechutent à la première épreuve et redeviennent addictés à cet objet, à ce produit.
L'ORDALIE
Valleur et Charles Nicolas regroupent sous le concept de "conduites ordaliques", les défis et les risques répétitifs que prennent les adolescents. En provoquant la mort et en y réchappant ils tentent de reprendre le contrôle de leur vie et de renaître à eux-même. Tels le phénix renaissant de ses cendres après s'être consummé sous l'effet de sa propre chaleur , ils vivent ainsi plusieurs cycles de vie et de risques mortels . , ils se sentent alors dans une sorte de défi aux dieux paradoxalement vivants. Ainsi la "défonce" peut-elle prendre des allures mystiques et les amener à ressusciter au-delà de la mort.
LA CAPACITE D’ETRE SEUL
La capacité d’être seul, sans en ressentir un manque, s’acquiert très tôt lors des premiers moments de la vie du nourrisson et de ceux de l’enfant. Cette capacité s’acquiert par l’expérience de la solitude en présence de la mère et en ayant une « relation au moi » (ego relatedness) par opposition à une « relation pulsionnelle » (relationship). Elle repose sur la présence et le support de la mère, même à la période d’immaturité affective, compensée par un étayage satisfaisant. En grandissant, l’enfant devient capable de renoncer à la présence de la mère sans se sentir seul car l’édification interne a été consolidée. Par contre si l’expérience d’être seul en présence de la mère est insuffisante, cette capacité ne peut se former. C’est alors que peut se développer la pulsion d’emprise.
LA PULSION D’EMPRISE
La pulsion d’emprise a été peu évoquée par les psychanalystes et Freud lui-même a peu écrit sur le sujet. On peut émettre l’hypothèse qu’il l’a délaissée parce qu’il ne voulait pas que la théorie de la libido soit reléguée au second plan ou même abandonnée, car il a établi que les comportements d’emprise et les pulsions, comme dans la cruauté par exemple, apparaissent de façon relativement autonome par rapport aux zones érogènes (Freud, 1905). Freud craignait sans doute qu’Adler utilise cette observation pour défendre l’idée d’une agressivité autonome et d’une volonté de puissance indépendante de la libido. Adler note en effet, dans sa théorie de l’agression, que « la force pulsionnelle naît chez les bien portants de deux pulsions originalement séparées qui ont subi plus tard un entrecroisement. Du fait de cet entrecroisement la résultante sadomasochiste correspond à deux pulsions, la pulsion sexuelle et la pulsion d’agression » (Adler, 1908). Alors que pour Freud les composantes libidinales se mêlent à toutes les tendances du Moi, Adler pense le contraire et affirme la composante pulsionnelle du Moi et en nie la composante libidinale en diminuant l’importance de la libido par rapport à l’agressivité. Freud, quant à lui, associe emprise et agressivité. Dès lors il va laisser la pulsion d’emprise au second plan et mettre en avant la libido. Le toxicomane, dans l’hypothèse d’un sevrage qui se serait mal passé dans l’enfance, peut, dans un mécanisme de dénégation de la séparation mère enfant, régresser jusqu’à l’époque de l’objet transitionnel, objet transitionnel qui devient alors une possession sur laquelle il a alors une relation d’emprise. Cette emprise va s’exercer par la motricité et c’est ici nous rejoignons les théories de Winnicott et Freud.
Hermann, lui, parlera plutôt de pulsion d’agrippement dans un besoin de décramponnement (Hermann, 1935). Il fait ici référence aux primates mais, de ce fait, il n’aborde pas la métapsychologie de la question de l’emprise. Hendricks propose l’idée d’un« instinct de maîtriser » et désigne une pulsion innée à le faire pendant les deux premières années chez l’enfant. L’instinct de maîtriser est selon lui, le plaisir de réussir dans l’exécution d’une fonction indépendamment de sa valeur sexuelle . Si les conduites compulsive, sont une régression à une étape antérieure du développement, la notion de fonction est plutôt une conception cognitiviste qui considérerait l’individu comme une boîte noire. Pour Hendricks, la fonction amorce le désir et les conduites compulsives seraient une régression antérieure à l'apprentissage de la fonction (Hendricks , 1942,1943 cité in Paul Denis , 1997). Il fallait, selon lui, réserver le concept de sadisme uniquement à l’agression d’un objet investi sexuellement. Ses collègues de l’époque furent très réservés sur ce point et il ne fut pas suivi dans ses développements théoriques. Roger Dorey(ibd,1997) oppose, quant à lui la relation d’emprise à la maîtrise. Il y aurait dans la maîtrise une ouverture vers l’autre et vers la vie. Cette relation d’emprise, car pour lui il s’agit d’une interrelation, est déterminée par trois ordres signifiants : l’appropriation par dépossession de l’autre, la domination et l’empreinte car s’il y a domination il y a empreinte de cette domination sur l’autre. Dorey concède tout de même que la relation d’emprise apparaît chaque fois que la maîtrise s’avère impossible ou trop coûteuse pour l’économie du sujet et qu’elle peut être par ailleurs présente dans toute relation à l’autre.
Ainsi le toxicomane noue t-il une relation d’emprise avec l’objet-substitut, sorte de pseudo-maîtrise compulsive et répétitive. Alors que Paul Denis parle d’emprise agie et d’emprise en réception (Denis, 1997), Freud soutient l’idée d’un retournement de la pulsion. Si nous étudions la pulsion d’emprise, nous notons l’existence de deux formants de cette pulsion, l’un sur le versant sadique et l’autre sur le versant masochiste apparaissant lors du retournement sur la personne propre. Nous pouvons considérer que le retournement sur la personne propre est toujours du registre de l’emprise, devenant « auto-emprise » à l’origine de l’auto-érotisme, du masochisme, des investissements narcissiques, des mécanismes de limitation et au plan psychique, des modifications autoplastiques de la névrose (Freud, 1905). Pour Freud, le retournement sur la personne propre est seulement le changement d’objet mais le but reste identique. En faisant référence à la notion d’emprise, reliée pour Freud à la fois à la sexualité et à la pulsion de mort, le toxicomane masquerait, dans la possession de l'objet-substitut, la séparation de l’objet premier, la mère, dans un déni de la réalité. Dans le deuxième formant de la pulsion, sur le versant masochique, le mouvement deviendrait auto-emprise et auto-sadisme par application à soi-même car l’investissement se répartit entre les deux pôles effecteur et récepteur.
L’HYPNOSE ET L’OBJET-TABAC
Ma pratique de psychologue clinicienne m'amène à traiter l'addiction à l'objet-tabac. Se séparer de l’objet-tabac n’est pas chose aisée. Beaucoup ont essayé et ont échoué. L’hypnose apparaît alors comme un recours, comme la voie d'une possible réussite. Nous allons tenter de comprendre comment l’hypnose va pouvoir aider les fumeurs. Freud disait que l’hypnose a quelque chose de franchement inquiétant et il ajoutait que l'hypnotiseur affirme être en possession d'un pouvoir mystérieux qui déroberait au sujet sa volonté et surtout que le sujet croit à ce pouvoir (Freud,1921) Que ce soit par la fixation d’un objet ou par l’écoute monotone d’un son répétitif comme celui d’une horloge, que l’induction en hypnose soit directe ou indirecte, le but n'est il pas d’entrer dans une relation duelle, en excluant tout le reste ? Pour Freud, la relation hypnotisé-hypnotiseur éveille un héritage archaïque représentant la relation à une personne surpuissante, voire dangereuse . C’est bien au pouvoir mystérieux de l’hypnotiseur que fait appel le fumeur dans sa désespérance et sa peur de ne pas arriver à se passer de l’objet-tabac et c’est parce que ce pouvoir engendre la crainte et la soumission que le fumeur y fait appel.
Le fumeur, ne vient-il pas chercher alors l’injonction surmoïque de cesser de fumer afin de se libérer enfin de l’emprise de l’objet-tabac ? Ici nous rejoignons l’idée de Stewart idée essentielle en ce qui concerne les addictions car elle suppose une entente mutuelle entre l’hypnothérapeute et le fumeur. A l’appel lancé par le fumeur, l’hypnothérapeute répondrait par « une fiction ». Il ferait semblant d’être tout puissant pour induire la transe. L’inconscient du sujet forcerait donc l’hypnothérapeute à cette fiction, contrôlant ainsi la situation hypnotique. Stewart reprend les thèses de Freud, dans Psychologie collective et Analyse du Moi, selon lesquelles l’hypnothérapeute prend la place de l’Idéal du moi (Freud, 1921). La suggestibilité dont ferait preuve l’hypnotisé ne serait qu’un moyen de réaliser un fantasme de toute-puissance à travers l’identification à un maître imaginaire. Stewart illustre d’ailleurs la situation hypnotique par une métaphore , celle de la reine qui n'a pour seul pouvoir que celui que lui délègue le parlement britannique . Mais Stewart(in Chertok,1989) va bien plus loin encore que cette métaphore quand il avance l’existence d’une complicité entre l’hypnothérapeute et l’hypnotisé. La transe hypnotique ne serait selon lui qu’une sorte de jeu. Dès lors on peut faire l’hypothèse que le fumeur ne rentrerait dans ce jeu que pour mieux sortir de sa dépendance.
L'ACCES AU SYMBOLIQUE PAR LE REVE HYPNOTIQUE
La technique du rêve hypnotique peut se révéler fort intéressante dans le traitement du patient addicté à l'objet-tabac. Il ne s'agira pas de lui préciser qu'il est non-fumeur dans ce rêve, mais plutôt d'amener le patient à symboliser son désir dans le rêve. Elle peut être proposée ainsi : "et maintenant vous allez faire un rêve, un vrai rêve comme vous en faites la nuit quand vous rêvez..."
Ainsi Lilianne, patiente âgée de 57 ans, a passé une grande partie de son enfance confinée dans sa chambre pour ne pas gêner ses parents. Ils l'enfermaient à clef pour être tranquilles et ne venaient ouvrir la porte que pour les repas et les soins corporels "J'attendais pendant des heures qu'on vienne me chercher, j'étais déconnectée de mon corps" dit-elle. Encore actuellement, elle a du mal à se mettre dans l'action et s'en plaint tout en désirant arrêter de fumer. Voici son rêve hypnotique : "Je suis un oiseau et je vole très vite au dessus des océans. Je visite une île et une ville. Je suis un aigle." A la suite de ce rêve, la patiente étant toujours en état d'hypnose, je vais reprendre les symboles qui y sont contenus par des suggestions d'espace, de liberté, de mouvements et de découverte.
" C'est un peu comme un laisser-passer , comme une permission de voler plus haut et plus loin ...une permission que vous vous donnez ...quelque chose que vous vous accordez...et vous n'avez pas besoin d'attendre , ni de comprendre ...simplement être...dans un mouvement...comme un oiseau qui prend son envol ... et qui ressent avec plaisir l'air autour de lui...la sensation de la vitesse...hum , oui, comme cela...et qui aperçoit de très haut tout ce qui se passe en bas ...dans les villes ...et tout paraît si petit , si dérisoire...et il est agréable de voler au-dessus de tout cela ...et de choisir l'endroit où l'on a envie de se poser un instant...puis de repartir et de visiter d'autres lieux , de survoler d'autres mers et d'autres terres , rien que pour le plaisir d'explorer , de bouger , rien que pour se ressentir libre d'aller où l'on veut...de comparer les odeurs et les couleurs ...et d'apprendre des choses nouvelles...comme de reconnaître les bruits que font les vagues ici où là ...et de se demander si ces vagues ont le même son ou non losqu'on les survole de plus près où que l'on s'en éloigne et que l'on repasse encore à la même distance de l'eau... comme ces enfants qui jouent avec les vagues et qui s'éclaboussent et qui éclatent de rire en battant des mains et en bougeant leur corps...mouvements si naturels ...comme de sauter par dessus les vagues... ou comme ces oiseaux qui descendent droit vers l'eau , juste en effleurant la crête des vagues ...et reprennent de la hauteur...et quand ils sont à la bonne hauteur , celle où ils n'ont plus qu'à se laisser porter par l'air , ailes déployées... alors ils avancent sans effort...et jouissent du spectacle grandiose de la diversité des paysages ...."
Quelques mois plus tard, un coup de fil de Lilianne m'annonce qu'elle est devenue non fumeuse et qu'elle est beaucoup plus active qu'avant.
Si comme nous le dit le Professeur Pirlot (2005), nous sommes dans une culture d'écrasement symbolique, de dé-symbolisation dans laquelle l'adolescent et j'ajouterai l'adulte encore adolescent se trouvent dans une logique de consommation à tout prix et sans repères, il y a alors désafilliation et désentification. L'hypnothérapie, dans le traitement de la toxicomanie, par le lien de proximité qu'elle suscite et le retour régressif à la dyade originelle ainsi re-crée va remettre le symbolique en perspective.
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